Turquie : l'ombre de la grève dans le feu de la guerre

Publié le par NPA Auto Critique qui retransmet un article de l'Anticapitaliste

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Article publié dans l'hebdo du NPA L'anti Capitaliste n°416 -  8 février 2018

Plus de deux semaines après le lancement de l’offensive sur l’enclave kurde d’Afrine en Syrie du nord les violents affrontements entre l’armée turque et les forces kurdes du YPG continuent à faire des morts et blessés.
Selon les sources officielles turques depuis le 21 janvier 2018 plus de 930 miliciens kurdes auraient été tué lors des combats et surtout après l’intensification des bombardements aériens (l’espace aérien ayant été ouvert avec l’autorisation de Moscou). Toujours selon les sources gouvernementales le nombre de soldats turcs qui auraient péri lors des affrontements s’élèverait à 15, à ce chiffre s’ajoutant 30 miliciens de “l’Armée Libre Syrienne” (composée majoritairement de bataillons djihadistes) soutenu par Ankara. Cependant le Conseil sanitaire d’Afrin a déclaré que 130 civils avaient trouvé la mort lors des bombardements et 320 avaient été blessés. Côté civil encore, plus de 90 tirs de missiles auraient été effectué depuis Afrin sur les villes turques de Kilis, Reyhanli et Hatay faisant 7 morts et 113 blessés selon le Premier ministre. Toutefois les YPG ne revendiquent aucun de ces tirs ciblant directement des habitats civils.

Une répression accrue
Cependant à l’intérieur du pays la criminalisation de la moindre opposition à la guerre et la vague d’arrestations se poursuit. Le Ministère de l’intérieur a annoncé que 573 personnes avaient été mises en détention depuis le début de l’offensive, 124 pour avoir participé à des rassemblements de protestation et 449 en raison de contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci se trouvent des journalistes, avocats, activistes anti-guerre, mais le moment le plus choquant de la répression fut l’arrestation des 11 dirigeants de l’Union des médecins de Turquie pour avoir déclaré que “la guerre est une question de santé publique”, avec perquisition à domicile et fouille de leur bureaux. Accusés de “présenter des activités terroristes comme légitimes” ils seront libérés une semaine après sous contrôle judiciaire. L’offensive sur Afrin préparée et annoncée depuis plusieurs semaines fournit ainsi au Président Erdogan le prétexte pour accroitre la répression tout en obtenant un soutien considérable de la part de divers secteurs de la population, toute tendance politique confondue. Le nationalisme est décidément une “question de santé mentale”.

La riposte victorieuse des travailleurs
Mais voici qu’au beau milieu de ce climat sordide d’état de guerre et d’union nationale les ouvriers de la métallurgie –un secteur-clé du capitalisme turc- ont réussi à obtenir une victoire sans précédent. En effet, quelques semaines auparavant les négociations collectives avaient échoué et les trois syndicats présents dans l’industrie métallurgique, poussées par leurs bases respectives avaient décidé d’aller en grève. Ceci était d’autant plus important que Türk Metal est le plus grand syndicat jaune du pays, contre lequel les métallos s’étaient insurgés en 2015 dans le cadre des grèves sauvages pour protester les accords que sa direction avait signés avec le MESS (le Syndicat des Employeurs de la Métallurgie). Face au risque de voir ressurgir des grèves de l’ampleur de 2015 le MESS a d’abord fait monter sa proposition d’augmentation du salaire de 3.2 à 6.4%, puis à 13.2%.
Mais le point critique était la durée de l’accord et le MESS insistait pour une durée de 3 années face à la revendication de 2 années du côté des métallos. Entretemps l’opération militaire sur Afrin débuta et le Conseil des ministres pris la décision de “reporter” (ce qui en pratique veut dire interdire) la grève pour raison de sécurité nationale, comme l’on pouvait s’y attendre étant donné que la plupart des grèves ont été ainsi “reporté” lors de ces dernières années. Cette décision fut la bienvenue pour Türk Metal et le syndicat à direction islamiste proche du gouvernement Çelik-İs, qui se rallièrent au patriotisme ambiant et abandonnèrent l’option de grève. Toutefois Birlesik-Metal-İs qui constitue l’un des syndicats les plus combatifs du pays, était bien résolu à faire grève en refusant de plier devant les exigences de l’état d’urgence doublé d’un état de guerre. La résolution des métallos, s’ajoutant à l’effroi bourgeois suscité par un remake de la “tempête métallique” de 2015, dans une conjoncture où le régime Erdogan ne peux prendre le risque s’aliéner une partie de la classe ouvrière (traditionnellement de droite) a eu pour conséquence un accord sur 24% d’augmentation de salaire et une marche arrière cruciale de la part de MESS concernant la durée de l’accord fixée finalement à 2 année, telle que le revendiquaient les ouvriers.
L’ombre de la grève a suffit à faire reculer les patrons et a montré que même sous état d’urgence la défaite n’est pas la règle…
Léon Leturc

Publié dans Turquie, Métallurgie

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