Mai 68 : comment la grève et l'occupation ont commencé à Renault Billancourt

Publié le par NPA Auto Critique

Dans une série d'articles  consacré à Mai 68, l'hebdo du NPA a publié le témoignage   de Clara et Henri Benoits délégués du personnel CGT à Renault Billancourt en mai 68. Le premier article sur le début de l'occupation de l'usine

Renault Billancourt c’est en 1968 une usine de 38 000 travailleurs où étaient représentées 56 nationalités parmi lesquelles prédominent Algériens, Marocains et Portugais .La CGT est majoritaire dans l’usine et le PCF l’organisation politique la plus importante. N’ont cessé de se manifester, depuis 1945 dans et devant l’usine l’usine divers groupes politiques principalement de références trotskyste ou anarchiste. La « forteresse ouvrière » est sans doute l’usine de France la plus « politique »

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, la « routine syndicale » a repris son cours. Après l’irruption du mouvement étudiant et les barricades, la répression policière est massivement perçue chez Renault comme inacceptable. L’appel des confédérations à la grève pour le lundi 13 mai est ressenti positivement. C’est le déferlement à la République. Fraternité retrouvée !

Les événements se précipitent. Le 14 mai, grève avec occupation à Sud Aviation. Le mercredi 15 mai, la grève démarre à Renault Cléon. Partout le sentiment que cette fois il faut y aller est dominant. Entre les usines Renault, les contacts s’établissent ! Il n’y a pas Internet, mais le téléphone fonctionne à plein régime ! Le  jeudi 16 mais, c’est parti à Billancourt !

De la place Nationale,, les professionnels du Département 11 de l’Atelier d’outillage central, déferlent en direction de l’Ile Seguin. La fusion est réalisée, délégués en tête, entre OS et ouvriers professionnels. Tout le monde est dans le coup. Enthousiasmant ! Vendredi 17 mai, la grève se généralise. L’usine est bloquée. La Direction de l’usine et les cadres ont déserté les locaux.

L’occupation commence, différente de celle de 1936. Les grévistes font des apparitions ponctuelles, l’occupation étant le fait des militants et proches sympathisants des syndicats (les transports en grève ne facilitant pas les déplacements). Les immigrés plus disponibles sont plus massivement présents . Pas d’assemblé générale quotidienne mais regroupement des occupants militants par atelier ou département

Les militants d’extrême gauche présents dans l’usine sont intervenus dans leur secteur. Aucun d’entre eux n’a modifié le cours du mouvement.

Si la retraite à 60 ans, les 40 heures et l’augmentation des salaires avec l’échelle mobile soudaient les travailleurs, et si des discussions abordaient la question du rôle et du pouvoir des travailleurs dans une entreprise nationalisée comme Renault, la perspective politique n’apparaissait pas clairement

De temps à autre un rassemblement général se faisait au carrefour Zola où chaque syndicat s’exprimait largement. Alors que des revendications spécifiques logement, formation professionnelle, promotion, alphabétisation) furent élaborés dans des commissions réunies pendant la grève, les immigrés pourtant majoritaires dans le mouvement se virent refuser le micro. Si le syndicat CGT les assura de leur prise en compte, à l’initiative de militants algérien et portugais expérimentés, un tract reprenant ces revendications fur rédigé à l’intention de leurs compatriotes.

Ce sentiment diffus, d’être « noyés » dans le mouvement général, apparu pendant ces journées d’occupation, eut des conséquences durables dans les décennies suivantes. Alors que jusqu’alors les luttes spécifiques des travailleurs immigrés avaient été marquées dans l’usine par la question nationale, mai 68 a été un moment clé de leur insertion dans le mouvement social autour de leurs revendications spécifiques de travailleurs et d’OS.

Clara et Henri Benoits délégués du personnel CGT à Renault Billancourt en mai 1968

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