Après son entrevue avec Sarkozy, le président de Renault s’est engagé à produire une partie de la future Clio 4 à Flins. Sarkozy s’en satisfait et prend la pose
comme champion du « produire français ».
Il y a trois ans, Sarkozy promettait de sauver l’aciérie de Gandrange en Lorraine. On sait ce qu’il est advenu de ses promesses. Même si le site de Flins (Yvelines) n’est pas aujourd’hui sous
le coup d’une menace de fermeture, le même « cinéma » se reproduit, à un moment où les prévisions électorales ne sont pas bonnes pour la candidate de l’UMP à la présidence de la région
Île-de-France où se situe Flins.
Samedi 16 janvier, après une entrevue avec Sarkozy, le président de Renault, Carlos Ghosn, a déclaré qu’une partie de la production de la Clio continuerait d’être réalisée à Flins, tout en
prévenant que « parler aujourd’hui de volume n’est pas très réaliste ». Bref, aucun engagement n’est pris, Renault poursuivant depuis vingt ans la destruction permanente des emplois touchant
Flins comme le reste de l’industrie automobile.
C’est la première fois depuis des années que l’on entend un gouvernement rappeler que l’État détient encore 15 % du capital de Renault. La Régie a été privatisée en 1987 en plusieurs étapes
dont l’avant-dernière a eu lieu en 2001, à l’initiative de Laurent Fabius et Louis Schweitzer. Tous les choix de suppressions d’emplois et de rentabilisation à outrance ont été faits avec
l’aval des gouvernements. Puisque la direction de Renault et le gouvernement affichent leur responsabilité partagée, les deux doivent rendre des comptes.
Dès les premiers murmures du gouvernement, la Commission européenne a joué son rôle de gardien du temple de la concurrence et a rappelé que « les prêts aux constructeurs automobiles nationaux
n’imposent aucune condition sur les localisations de leur usine ». Bref, les six milliards octroyés à Renault et PSA doivent l’être sans contrepartie. Merci au Traité de Lisbonne qui autorise
ce genre de veto.
En une petite semaine, le gouvernement est devenu le champion du « produire français ». Même dans les syndicats, on a entendu des déclarations choisissant les usines françaises contre les
autres.
Il faut clairement affirmer qu’à Flins, comme ailleurs, la défense de l’emploi est l’affaire de tous dans le groupe, en France et ailleurs. Dans sa confrontation spectacle, Renault cherche des
subventions supplémentaires et une justification pour de nouvelles mesures de flexibilité du travail. Après les trois milliards reçus du gouvernement, cela s’appelle du chantage. En aiguisant
la concurrence entre travailleurs, Renault cherche à tirer partout les salaires vers le bas. Aujourd’hui, l’usine de Flins est mise en concurrence avec celle de Bursa en Turquie. Demain, la
Turquie sera mise en concurrence avec la Chine ou l’Inde. La riposte doit donc s’inscrire dans la perspective d’un alignement vers le haut des salaires et des conditions de travail. La grève
victorieuse des ouvriers de Renault Dacia en Roumanie en avait montré le chemin.
La crise bien réelle de l’industrie automobile est une aubaine pour le patronat et le gouvernement. Ainsi, Flins, à l’avenir encore incertain, est une usine où sont produites des « petites
voitures » dont les ventes ont très sensiblement augmenté en 2009. Ce qui est en cause, c’est l’accélération de la mondialisation capitaliste dopée par les faillites et les
restructurations.
L’avenir d’une usine comme Flins, même en régime capitaliste, ne se résume sûrement pas à fabriquer des Clio 4 puis des 5, 6 ou 7. Mais « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » et le
développement, encore largement hypothétique de la voiture électrique, n’est pas une garantie d’avenir pour l’usine. La meilleure assurance pour l’emploi réside dans la capacité des
travailleurs à se mobiliser pour leurs droits, leurs salaires, et leurs conditions de travail.
Jean-Claude Bernard
Lien avec "Tout est à Nous"
Par Le 21 janvier 2010 Jean-Claude Bernard . Tout est à nous
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