Réponses à la campagne de réhabilitation de Louis Renault . 2

Publié le par Blog NPA Auto Critique

La réponse adressée au journal Le Monde par Clara et Henri Benoits, Louisa Boumrar, Patrick Scweizer et Alain Viguier


Anciens salarié(e)s de Renault, nous avons été profondément choqués par les articles parus dans « Le Monde Magazine » du 8 janvier 2011 « Renault, la justice révise les années noires ». 

Cette parution s’inscrit dans la tentative de réhabilitation de Louis Renault pour son rôle pendant l’occupation et repose sur un jugement de la Cour d’Appel de Limoges de juillet 2010. En l’occurrence, ce n’est pas à la Justice qu’il incombe de « réviser » l’Histoire mais aux historiens de la relater.

Cela a été fait, en particulier dans l’ouvrage « Louis Renault, patron absolu » de Gilbert Hatry, lui-même ancien Renault et fondateur de la Société d’Histoire des Usines Renault devenue celle du groupe S.H.G.R. Plusieurs d’entre-nous ont connu Gilbert Hatry dont l’intégrité ne peut être mise en doute, ni la documentation mentionnée dans cet ouvrage.

Contentons-nous de constater que l’affirmation selon laquelle Louis Renault « n’a jamais accepté de fabriquer ou réparer des chars allemands » est une hypocrisie car les Usines, à cette époque, travaillaient pleinement pour l’armée allemande (camions pour le Front Russe entre autres).

Du reste, les bombardements alliés visant les Usines de Mars 1942 et Avril 1943 attestent de l’importance stratégique des ateliers Renault. Le rappel s’impose également pour les ouvriers de Renault qui ont payé de leurs vies leurs actes de sabotage et pour les victimes civiles (quelques centaines) des bombardements.

Il est indéniable que Louis Renault a effectué 3 voyages en Allemagne nazie en 1935, 1938 et 1939. Il a déclaré « qu’une bonne entente entre l’Allemagne et la France est indispensable à la prospérité de nos deux pays et à l’équilibre de l’Europe » et, ce en 1938 ! (Propos de J.A. Grégoire cités page 351 dans l’ouvrage de G. Hatry).

D’autres témoignages abondent, ignorés dans la présentation unilatérale du « Monde Magazine », les héritiers étant plus soucieux de voir réhabiliter leur aïeul que de vérité historique. 

Certes, Louis Renault n’a pas agi différemment des autres industriels de l’époque. La collaboration de l’Etat français de Vichy est un fait. Les industriels français s’y sont conformés et peu ont été sanctionnés à la Libération. Louis Renault en a été le bouc émissaire escamotant la responsabilité du patronat français dans son ensemble…

Au-delà de l’histoire, l’enjeu demeure actuel. La justification des compromissions, des complicités avec des politiques criminelles, au nom de la contrainte, de la nécessité et de l’obéissance à des ordres supérieurs est une injure à tous ceux qui n’ont pas craint de sacrifier leur vie pour leurs idéaux de liberté et de justice sociale.

                                    Le 3 mars 2011
- Clara Benoits, employée Renault de Mars 1949 à Mars 1985
Père ouvrier chez Renault avant guerre et famille sinistrée du bombardement du 3 mars 1942
- Henri Benoits, dessinateur Renault de 1951 à 1984
- Louisa Boumrar, dactylo et ajusteuse Renault de 1971 à 1978
- Patrick Schweizer, ouvrier Renault de 1969 à 2010 (Ile Seguin)
- Alain Viguier, cadre Renault de 1969 à 2007   


Cette lettre, lue lors de l’Assemblée Générale d’ATRIS du 5 mars 2011,
a recueilli l’adhésion de la majorité des participants.


Références « LOUIS RENAULT, PATRON ABSOLU » de Gilbert HATRY


1934 :
Louis Renault affirme qu’il faut changer de politique et tenter d’opérer un rapprochement avec l’Allemagne (page 349).
(note du 20 janvier 1934 Archives S.H.U.R. carton 20)

1935 :
En Mars, Salon de l’Automobile à Berlin, entrevue avec Hitler (2 heures suivant Science et vie de juin 1935) concluant « qu’il sera intéressant de savoir un jour quels ont pu être les sujets discutés entre le Führer et l’industriel » (page 351)

1938 :
A la cérémonie d’ouverture du Salon de l’Automobile à Berlin (page 351) J.A GREGOIRE (50 ans d’automobile) pages 478-479 rapporte une question de Louis Renault à Hitler « Ne pensez-vous pas, Monsieur le Chancelier, qu’une bonne entente entre l’Allemagne et la France est indispensable à la prospérité de nos deux pays et à l’équilibre de l’Europe ? »

1939 :
Le 19 février 1939, « L’AUTO » (ancêtre de « L’EQUIPE ») publie une photo montrant Louis Renault conversant avec Hitler ayant à ses côtés Goering (page 352) qui a servi de motif aux héritiers de Louis Renault pour intenter au Musée d’Oradour-sur-Glane le procès dont le jugement de la Cour d’Appel de Limoges a été prononcé le 10 juillet 2010.



Contact : Clara & Henri BENOITS – 3 rue M. Berthelot 92130 Issy-les-Moulineaux (01.46.44.23.41)

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