Aux USA, Stellantis, Ford et GM mis en échec après des années de reculs pour les travailleurs

Publié le par Labor Notes. Dan DimaggioTraduction NPA Auto Critique

Les trois dominos sont tombés en quelques jours. L’UAW a maintenant obtenu des accords avec chacun des 3 grands constructeurs automobiles. Les nouveaux contrats sont un complet retournement après des décennies de reculs.
Les accords de principe vont plus loin que ce que beaucoup pensaient possible sur des questions dont les entreprises avaient jusqu’à présent prétendu qu’elles n’étaient pas négociables. Stellantis a accepté de rouvrir son usine d’assemblage de Belvidere. GM et Stellantis incluront de nouveaux travailleurs dans leurs accords-cadres.
Bien que les contrats n’abolissent pas les niveaux de salaires , ils éliminent de nombreux niveaux salariaux créés par les Big 3 pour faire baisser les salaires. Certains travailleurs verront leur salaire plus que doubler.
Ces gains témoignent de la stratégie audacieuse et agressive de l’UAW sous sa nouvelle direction, qui a intensifié les grèves, d’abord lentement puis plus rapidement jusqu’à ce que les entreprises cèdent une à une. En terme de luttes ouvrières, c’est un exercice de maître pour les luttes ouvrières.
Lundi, l’UAW a annoncé avoir conclu un accord de principe avec General Motors qui était le dernier obstacle, les travailleurs de l’usine de GM à Spring Hill, Tennessee, Cadillac ayant rejoint la grève le samedi soir ; deux jours avant.
Le syndicat avait annoncé des accords de principe avec Ford et Stellantis la semaine dernière. Les accords ont été obtenus après que les membres de l’UAW se soient mis en grève dans l’usine la plus rentable de chaque entreprise, la dernière étape dans l’ escalade de la grève de stand-up de six semaines du syndicat.
Les 146 000 membres de l’UAW des trois constructeurs automobiles voteront sur les contrats dans les prochaines semaines. Pendant ce temps, 50 000 grévistes retournent au travail.

Les détails de l’accord chez Ford
Dimanche soir, le président de l’UAW, Shawn Fain, et le vice-président, Chuck Browning, ont présenté aux syndiqués dans le cadre d’une intervention en direct sur Facebook, les détails de l’accord obtenu chez Ford. Fain a déclaré que chaque année de l’accord vaut plus pour les syndiqués que la totalité du contrat de 2019 sur 4 ans.
L’accord prévoit des augmentations salariales de 25 % sur quatre ans et demi, dont 11 % immédiatement. Il rétablit l’indexation sur le coût de la vie, un objectif majeur. Cela portera le salaire maximal horaire des ouvriers de la production à 42,60 dollars d’ici la fin de l’accord en 2028, à comparer rapport aux 32,05 dollars actuels, tandis que les travailleurs qualifiés gagneront plus de 50 dollars l’heure. Le salaire de départ passera de 18,05 dollars à 28 dollars.
De nombreux travailleurs auront cependant des augmentations beaucoup plus importantes. Il faudra maintenant trois ans pour arriver au salaire le plus élevé, contre huit aujourd’hui.
Les membres en des niveaux de salaires les plus bas recevront immédiatement des augmentations de 20 à 46 % Les travailleurs de deux usines de la région de Detroit, Sterling Axle et Rawsonville Components, seront désormais sur la même échelle salariale que les autres membres de l’UAW chez Ford, ce qui signifie que les niveaux de salaire chez Ford sont supprimés Les travailleurs de ces deux usines étaient au niveau inférieur depuis 2007, avec des salaires allant de 16,25  à 22,50 dollars. Ils verront des augmentations immédiates de 53 à 88%. Les travailleurs temporaires ayant plus de 90 jours de service seront immédiatement titularisés Les futurs salariés temporaires titularisés après neuf mois de présence et ces neuf mois compteront pour leur progression vers le taux supérieur.
Au cours des deux dernières décennies, les Big 3 ont gardé des salariés temporaires pendant des années avec un faible salaire et s’ils étaient finalement titularisés ils devraient attendre encore huit ans pour obtenir le salaire le plus élevé.
Pour éliminer complètement les niveaux, il faudrait que les travailleurs de deuxième niveau, ceux embauchés après 2007, reçoivent comme retraités des pensions et des soins de santé identiques aux travailleurs de premier niveau. Ford n’a pas accepté l’une ou l’autre de ces propositions, Le syndicat a également gagné une augmentation des retraites pour les travailleurs embauchés avant 2007.

Les salariés temporaires de Ford recevront, pour la première fois, des chèques de participation aux bénéfices à compter de 2024.

Les travailleurs auront également une plus grande capacité de choisir la date de leurs vacances Ford ne sera plus en mesure de contraindre les travailleurs à n’utiliser librement qu’une semaine de leurs vacances, alors qu’ils doivent suivre l’arrêt annuel de la fabrication lors du changement de modèle. « Même si nous n’avons peut-être pas gagné tout ce que nous voulions, nous avons gagné plus que ce que la plupart des gens croyaient possible », ont écrit Fain et Browning dans leur présentation

Stellantis et GM ont aussi cédé devant l’UAW
Stellantis ont conclu un accord samedi. Tous les détails seront annoncés le 2 novembre, l’accord semblant refléter l’accord avec Ford.
L’un des grands problèmes était le statut de l’usine d’assemblage de Belvidere de Stellantis dans l’Illinois, que l’entreprise avait fermée plus tôt cette année, forçant 1 200 travailleurs à se disperser dans d’autres usines. Selon le syndicat, le nouvel accord ramènera des emplois à Belvidere, l’entreprise s’engageant à employer deux équipes pour produire un camion de taille moyenne. Stellantis crééra également 1 000 emplois dans une nouvelle usine de batteries. « En vertu de notre contrat, les membres de Belvidere qui ont été dispersés à travers le pays auront le droit de rentrer chez eux », a déclaré le vice-président de l’UAW, Rich Boyer.
Fain et Boyer ont déclaré que Stellantis ajoutera 5 000 emplois supplémentaires d’ici à la fin de l’accord, un complet retournement alors que Stellantis menaçait avant les négociations de supprimer des milliers d’emplois. Le syndicat a gagné le droit de grève en cas de fermetures d’ usines et de décisions d’investissement contestés. « Cela signifie que si l’entreprise revient sur sa parole sur l’un de ces plans, nous pouvons les anéantir », a déclaré Fain.
Le nouveau contrat élimine le salaire inférieur pour la division des pièces Mopar de Stellantis, plaçant ces travailleurs sur la même échelle salariale que les autres travailleurs de Stellantis.
Chez GM, le dernier des Big 3 à céder, l’UAW a remporté une autre grande victoire contre les niveaux de salaires. GM a accepté d’intégrer à l’accord cadre les travailleurs des dépôts de pièces de rechange, des usines de composants, et de son usine de batteries de Brownstown, au Michigan,
Les travailleurs des filiales de GM, qui travaillent actuellement dans le cadre d’un contrat distinct et inférieur, seront désormais couverts par l’accord-cadre GM. Au cours des dernières années, la société a transféré des emplois d’entrepôt et de manutention de plusieurs usines GM vers des sous-traitants à bas salaire, et le syndicat craignait que la transition vers les véhicules électriques soit utilisée pour transférer encore plus d’emplois vers des filiales et des sous-traitants. L’accord met fin à cette course vers le bas.

Vers le premier mai 2028
Les nouveaux contrats proposés expireront tous le 30 avril 2028. Avec une durée de 4 ans et demi, leur durée est plus longue que celles des accords précédents de de quatre ans. Fain a déclaré que l’UAW veut donner le temps aux autres syndicats d’aligner leurs expirations de contrat avec ceux de l’UAW pour faire grève faire grève ensemble le 1er mai 2028, Journée internationale des travailleurs.
« Si nous voulons vraiment nous attaquer à la classe des milliardaires et rebâtir l’économie pour qu’elle commence à fonctionner dans l’intérêt du plus grand nombre et non de quelques-uns », a dit M. Fain, « il est important non seulement de faire grève, mais de faire grève ensemble. »
Fain a laissé entendre que la lutte pour une journée de travail ou une semaine de travail plus courte pourrait faire partie de la campagne contractuelle que mènerait l’UAW dans quatre ans et demi. L’une des revendications publiques du syndicat dans ce cycle de négociations était une semaine de 32 heures à 40 heures de salaire. Les travailleurs de l’automobile se plaignent souvent d’être forcés de faire des heures supplémentaires obligatoires, y compris des semaines de 60 heures (six jours de 10 heures).
« Le 1 mai est né d’une lutte intense des travailleurs aux États-Unis pour gagner une journée de huit heures », a déclaré Fain. « C’est une lutte qui est tout aussi pertinente aujourd’hui qu’elle l’était en 1889. » Fain a déclaré que l’autre raison du contrat plus long était que l’UAW prévoit d’organiser les nombreux constructeurs automobiles non syndiqués : Tesla, Toyota, Volkswagen, Mercedes, BMW, Honda, Nissan, et d’autres. « Lorsque nous reviendrons à la table de négociation en 2028, ce ne sera pas seulement avec les Big 3, mais avec les Big 5 ou Big …
Labor Notes a reçu un message d’un travailleur de Toyota en Alabama le lendemain, disant que la direction avait appelé une réunion d’urgence. Toyota, manifestement effrayée, augmente le salaire maximum à 32 $, a-t-il dit, et réduit e huit à quatre ans le délai pour passer an niveau de salaire maximum. Un autre travailleur d’une usine Toyota au Kentucky a déclaré que la société augmentait les salaires et réduisait également le temps de passage vers le niveau supérieur de moitié. Le nouveau taux maximal passera de 2,94 $ à 34,80 $ pour les travailleurs de la production.

La syndicalisation dans les usines pour les véhicules électriques
Chez Ford, le syndicat souhaitait que toutes les usines de véhicules électriques, y compris les coentreprises, soient soumises à l’accord-cadre. Ford s’est engagé à reconnaître le syndicat dans deux usines actuellement en construction, le Tennessee Electric Vehicle Center et la Marshall Battery Plant au Michigan, si la majorité des travailleurs adhèrent au syndicat Cela devrait être facile pour l’UAW. Ford prévoit trois autres usines de batteries au Tennessee et au Kentucky, détenues conjointement avec SK On de la Corée du Sud et dont la production devrait commencer en 2025. Là, il semble que le syndicat devra continuer s’organiser à l’ancienne.
Chez GM et Stellantis, les gains sur les véhicules électriques ont été plus importants. Chacun a accepté de placer les travailleurs
de leurs usines de batteries en coentreprise sous la couverture des accords-cadres discutés avec l’UAW. « Ils nous ont dit pendant des années que la transition des véhicules électriques était une condamnation à mort pour de bons emplois dans le secteur automobile au pays », a déclaré M. Fain. « Avec cet accord, nous prouvons qu’ils ont tous tort. »

En rupture avec la tradition
Fain a été élu cette année lors de la toute première élection au vote direct direct de l’UAW avec un membre et une voix, après qu’un scandale de corruption ait conduit en prison deux des plus récents présidents du syndicat. Sa victoire a mis fin à huit décennies de règne d’un « parti unique » dans le syndicat. Fain a fait partie de la liste des membres unis sur une plate-forme de « No Corruption, No Concessions, No Tiers ». Il a battu Ray Curry par seulement 500 voix, et a pris le pouvoir moins de six mois avant l’expiration des contrats au Big 3.
En tant que président, Fain a
remis le syndicat à l’offensive. « Depuis des décennies, nous nous battons avec une main attachée derrière le dos », a-t-il déclaré en annonçant l’accord Stellantis. « Et pour vous dire la vérité, parfois, c’était des deux mains. » Fain est un vétéran de Stellantis, ayant fait ses débuts en tant qu’électricien à Kokomo, dans l’Indiana.
Symbolisant la nouvelle orientation du syndicat, Fain a refusé de commencer à négocier
en serrant la main des dirigeants des entreprises. Au lieu de cela, lui et d’autres nouveaux dirigeants de l’UAW ont inauguré ce qu’ils espèrent devenir une nouvelle tradition, la poignée de main des syndiqués, les saluant aux portes de l’usine pour lancer la campagne .

Fain a également abandonné la stratégie de l’UAW de choisir une seule entreprise leader parmi les 3 grands pour négocier avec la première et gagner un accord pour définir un modèle. Au lieu de cela, le syndicat a négocié avec les trois entreprises et a fait grève simultanément.
Fain a informé publiquement de l’état des négociations via Facebook Live, rompant avec la pratique précédente de ne partager aucune information avant qu’un accord e de principe ne soit conclu. La transparence et l’audace ont convaincu les syndiqués s: les vidéos de Fain sont ont régulièrement vues par 40 000 à 50 000 personnes en direct sur Facebook, et plus sur d’autres plateformes. Et il n’a jamais hésité à élever le niveau des revendications en présentant des demandes pour une augmentation de salaire de 40 pour cent, une semaine de 32 heures, et le rétablissement des pensions et des soins de santé pour les retraités.
Les
syndiqués décideront si les gains sont suffisants pour répondre à leurs attentes accrues. Mais l’UAW se trouve dans une situation bien différente de celle d’il y a six mois : à l’offensive, elle décrit ses batailles comme des combats pour l’ensemble de la classe ouvrière, et montre une puissance inégalée depuis de nombreuses années.


 


 

Publié dans Strike Stand Up, USA

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